
En ce moment, les fusains ailés virent au rose carmin, les érables du Japon passent au rouge et les amélanchiers s’allument d’orange. C’est le meilleur moment pour repérer un arbuste au feuillage d’automne qui vous plaît, et aussi le meilleur moment pour le planter : la terre est encore tiède, les pluies reviennent et les racines s’installent tranquillement tout l’hiver.
Voici 8 arbustes (et deux petits arbres pour les grands terrains) choisis pour la force de leurs couleurs, avec pour chacun l’essentiel : teinte, taille adulte, sol, exposition et l’atout qui le rend intéressant le reste de l’année.
Pourquoi certains arbustes rougissent plus que d’autres
Le rouge et le pourpre d’automne apparaissent quand les journées restent ensoleillées et que les nuits deviennent fraîches, sans gel fort. Le soleil fait fabriquer des sucres à la feuille, le froid de la nuit les bloque sur place, et ces sucres se transforment en pigments rouges. Un automne gris et doux donne donc des couleurs plus ternes, et un arbuste planté à l’ombre colore toujours moins que le même au soleil.
On le constate souvent sur le terrain : un fusain ailé placé contre un mur exposé au nord reste d’un rose fade, alors que son voisin en plein soleil devient rouge vif la même semaine. Si la couleur est votre priorité, réservez à ces arbustes la place la plus lumineuse dont vous disposez.
Le fusain ailé, le rouge le plus franc du jardin
Le fusain ailé (Euonymus alatus) est sans doute l’arbuste qui offre le rouge le plus intense, un rose carmin lumineux qui dure deux à trois semaines. Il atteint 1,5 à 2,5 m, pousse lentement et s’accommode de presque tous les sols tant qu’ils ne restent pas gorgés d’eau. Plein soleil pour la couleur, mi-ombre acceptée.
Son atout en plus : ses rameaux portent de curieuses arêtes de liège qui restent décoratives tout l’hiver, une fois les feuilles tombées. Pour la plantation et la taille en détail, notre guide complet du fusain vous accompagne pas à pas.
L’érable du Japon, des couleurs pour petit jardin et terrasse
L’érable du Japon (Acer palmatum) se décline en centaines de variétés, de 1 m pour les plus petites à 5 ou 6 m pour les plus grandes. Selon la variété, l’automne le fait passer au rouge sang, à l’orange ou au jaune d’or. Il aime un sol frais, riche en humus, plutôt neutre ou un peu acide, et une place à mi-ombre, à l’abri des vents froids et du soleil brûlant de l’après-midi.
En sol calcaire, cultivez-le en grand bac rempli de terre de bruyère mélangée à du terreau : c’est la solution la plus simple pour profiter d’un érable du Japon au jardin même quand la terre ne lui convient pas. Arrosez-le régulièrement en été, ses feuilles grillent vite au manque d’eau.
L’amélanchier, beau à chaque saison
L’amélanchier (Amelanchier lamarckii ou canadensis) devient orange et rouge en automne. Il forme un grand arbuste ou un petit arbre de 4 à 6 m, pousse dans presque tous les sols, même un peu calcaires, au soleil ou à mi-ombre.
C’est un des arbustes les plus complets : floraison blanche légère au printemps, petites baies sucrées en début d’été (que les oiseaux adorent), puis feuillage de feu à l’automne. Tout est expliqué dans notre fiche consacrée à l’amélanchier.
Le cornouiller sanguin, rustique et facile
Le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) est un arbuste local, présent dans les haies de campagne. Son feuillage prend une teinte rouge pourpre en automne. Il mesure 2 à 4 m, supporte tous les sols, y compris calcaires ou argileux, au soleil comme à mi-ombre, et résiste très bien au froid.
Son atout en plus : les jeunes rameaux rouges ou orangés (surtout chez la variété ‘Midwinter Fire’) qui illuminent le jardin en hiver. Pour garder ces couleurs vives, on rabat une partie des vieilles tiges en fin d’hiver. Ses petites baies noires nourrissent les oiseaux, comme les autres arbustes à baies pour les oiseaux.
La viorne obier, feuillage pourpre et baies translucides
La viorne obier (Viburnum opulus) devient rouge pourpre à l’automne, au moment où ses grappes de baies rouges brillent comme des perles. Elle atteint 3 à 4 m, aime les sols frais, même humides en hiver, accepte le calcaire et pousse au soleil ou à mi-ombre.
Au printemps, elle porte de larges fleurs blanches. La variété ‘Roseum’, la célèbre « boule de neige », fleurit davantage mais ne fait pas de baies. Attention, les baies ne se mangent pas crues : elles provoquent des troubles digestifs.
Le sumac de Virginie, superbe mais envahissant
Le sumac de Virginie (Rhus typhina) offre un des spectacles les plus flamboyants de l’automne, du jaune à l’écarlate sur une même branche. Il atteint 3 à 5 m, pousse partout, même en sol pauvre et sec, et demande le plein soleil.
Mais il a un gros défaut : il drageonne, c’est-à-dire qu’il lance des rejets à plusieurs mètres de son pied, jusque dans la pelouse ou chez le voisin. Il est d’ailleurs considéré comme envahissant dans plusieurs régions. Nous le déconseillons dans un petit jardin. Si vous y tenez, plantez-le loin des massifs, entouré d’une barrière anti-racines enterrée sur 60 cm, et portez des gants : sa sève peut irriter la peau.
La parrotie de Perse, un patchwork de couleurs
La parrotie de Perse (Parrotia persica) mélange sur la même branche le jaune, l’orange, le rouge et le pourpre pendant plusieurs semaines. Elle pousse lentement pour devenir un grand arbuste étalé de 4 à 8 m. Elle préfère un sol frais et profond, neutre à un peu acide, tolère un léger calcaire et veut du soleil pour bien colorer.
Son atout en plus : une floraison rouge discrète en fin d’hiver sur bois nu, puis une écorce qui se détache par plaques sur les vieux sujets. C’est un excellent choix pour un jardin moyen qui veut un arbuste original et sans souci.
Le liquidambar, pour les grands jardins seulement
Le liquidambar (Liquidambar styraciflua) est un arbre, pas un arbuste : il dépasse facilement 10 à 15 m à l’âge adulte. Mais son feuillage en étoile, qui passe du pourpre au rouge et à l’orange, est si spectaculaire qu’il mérite sa place dans cette liste pour ceux qui ont de l’espace.
Il lui faut un sol profond, frais et plutôt acide ou neutre : en sol très calcaire, ses feuilles jaunissent en été par manque de fer. Plantez-le en plein soleil, à au moins 8 m des bâtiments et des canalisations. Ses fruits ronds et épineux tombent en hiver, évitez donc de le placer au-dessus d’une terrasse.
Tableau récapitulatif des 8 arbustes d’automne
| Arbuste | Couleur d’automne | Hauteur adulte | Sol | Exposition | Atout en plus |
|---|---|---|---|---|---|
| Fusain ailé | Rouge carmin vif | 1,5 à 2,5 m | Tous, sauf détrempé | Soleil, mi-ombre | Rameaux ailés en hiver |
| Érable du Japon | Rouge, orange ou jaune | 1 à 6 m selon variété | Frais, humifère, neutre à acide | Mi-ombre abritée | Se cultive en bac |
| Amélanchier | Orange et rouge | 4 à 6 m | Tous, même un peu calcaire | Soleil, mi-ombre | Fleurs et baies comestibles |
| Cornouiller sanguin | Rouge pourpre | 2 à 4 m | Tous, y compris calcaire | Soleil, mi-ombre | Rameaux colorés en hiver |
| Viorne obier | Rouge pourpre | 3 à 4 m | Frais à humide, calcaire accepté | Soleil, mi-ombre | Baies rouges translucides |
| Sumac de Virginie | Jaune à écarlate | 3 à 5 m | Tous, même pauvre et sec | Soleil | Très résistant, mais drageonne |
| Parrotie de Perse | Jaune, orange, rouge, pourpre | 4 à 8 m | Frais, neutre à peu acide | Soleil | Floraison d’hiver, écorce |
| Liquidambar | Pourpre, rouge, orange | 10 à 15 m et plus | Profond, frais, non calcaire | Soleil | Spectaculaire en isolé |
Planter maintenant : les gestes qui assurent la reprise
De la fin octobre à la fin novembre, tant que le sol n’est ni gelé ni détrempé, c’est la période idéale pour installer un arbuste couleur automne. Achetez-le d’ailleurs en ce moment en jardinerie : vous voyez sa vraie teinte avant de choisir.
- Creusez un trou deux fois plus large que la motte et ameublissez le fond.
- Trempez la motte dans un seau d’eau jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de bulles.
- Placez le haut de la motte au niveau du sol, rebouchez avec la terre mélangée à un peu de compost, tassez au pied.
- Arrosez copieusement, même s’il pleut, puis paillez avec les feuilles mortes ramassées au jardin.
Pour les distances et la préparation du sol, notre article sur la plantation des arbustes en automne détaille chaque étape, et les bonnes façons d’utiliser les feuilles mortes vous fourniront un paillage gratuit. Pour suivre l’arrivée des premières gelées dans votre région, les prévisions de Météo-France restent la référence, et la base de données de Tela Botanica permet de vérifier les besoins de chaque espèce.
Les intégrer dans une haie ou un massif
Le cornouiller sanguin, la viorne obier et l’amélanchier trouvent naturellement leur place dans une haie libre. Mélangés à quelques persistants, ils créent une haie vivante qui change d’aspect à chaque saison : notre article pour planter une haie en automne donne les bons espacements. Côté persistants, jardinerbio.com propose un tour d’horizon des espèces pour une haie persistante, une méthode pour planter une haie champêtre en automne et une sélection d’arbustes à fleurs parfumées en hiver pour prendre le relais quand les feuilles sont tombées.
Associer 2 ou 3 arbustes pour des couleurs qui durent
Chaque arbuste ne colore que deux à quatre semaines. Pour prolonger le spectacle, associez des espèces qui ne virent pas en même temps : l’amélanchier ouvre souvent la saison dès le début de l’automne, le fusain ailé et l’érable du Japon prennent le relais au cœur de la saison, et la parrotie ou le cornouiller sanguin tiennent souvent leurs feuilles jusqu’aux premières gelées. Dans un petit jardin, un trio fusain ailé, érable du Japon en bac et cornouiller sanguin suffit à garder un coin de jardin flamboyant pendant près de deux mois, puis coloré tout l’hiver grâce aux rameaux.